Pion passé se sacrifie et perd les siens 

Un pion passé noir arrive sur Cap Horn sixième traverse

Le Fou blanc sort et le fait tomber

Camp noir sacrifie une pièce 

Et provoque échange des Fous 

Cet échange favorise les blancs 

Pauvre cavalier prend certes centre

Mais de façon isolée et dévaluée 

Ce cavalier noir provoque noria blanche

et regroupement total du camp concerné

Sacrifice perdant

Matériel certes équilibré 

Mais lutte devenue inégalé au possible 

Une simple avancée de pion non pensée

Signe de défaite annoncée 

Réponse Marie France Ochsenbein 

Malgré ma crainte qui est probablement celle de la plupart des écrivains, je pense que l’écriture porte l’être bien au-delà de la réalité. Certes, l’écriture n’est pas chose facile, elle demande beaucoup d’investissement de soi, nécessite d’avoir une vraie volonté, mais provoque une sorte d’électrochoc qui transcende l’être et le pousse à repousser ses limites, à assouvir son désir de concrétiser son idée de départ en une œuvre aboutie. L’homme habité par le don de l’écriture cherche en permanence à se dépasser pour ses lecteurs. Malgré que l’acte d’écriture soit solitaire, l’écrivain veut partager son œuvre achevée avec autrui, lui faire plaisir. Il souhaite avant tout l’amener bien au-delà de sa réalité, « porter son esprit vers le haut » ainsi que le dit si merveilleusement la chanson de Renaud « les mots ».

Le poète est à mon sens un grand humaniste qui voyage dans les méandres de la nature humaine et souffre de ses maux bien plus qu’il ne veut le laisser entendre. Il est peu probable que la seule célébration de l’éther féconde à elle seule une œuvre car à mon avis le but ultime du poète n’est alors pas rendu. Dans ce contexte, je considère alors que l’œuvre n’est pas aboutie. Mon écriture poétique se veut réaliste et directe. Je veux aller au cœur du mal pour en extraire le jus même si ce dernier est noirâtre ou mal odorant. Je ne respecte que les rimes qui sont pour moi le fondement même de la poésie, mais souhaite conserver la liberté des mots, du ton, du genre et de la forme. Ainsi, chaque sujet trouve chaussure à son pied et peut être mis en valeur. La poésie peut servir l’humanité sans métaphore, se révéler pleinement aux yeux des hommes. Ainsi les carcans classiques qui l’emprisonnent disparaissent et elle peut enfin libérer sa puissance au service du sujet abordé. Le monde s’ouvre à nos pieds et les maux de l’humanité entre dans la lumière d’une possible prise de conscience.

Cependant, l’art poétique se confronte à une société matérialiste dominée par la frustration de ses désirs et pilotée par l’argent. Le consumérisme est l’antidote de la poésie qui y trouve un obstacle majeur à sa propre liberté. Et pourtant, la poète ne doit malgré tout jamais renoncer. Son art doit lui permettre de transgresser toutes les oppositions. Il semble que la littérature d’aujourd’hui ne réserve au poète qu’une bien petite place. Il est trop souvent considéré comme un auteur mineur dont les écrits ne se vendent pas suffisamment pour être « rentable ». C’est la raison pour laquelle je pense que si le poète se redynamise en utilisant tous les moyens à sa disposition pour s’exprimer et créer l’effet de surprise à chaque nouvelle création, il retrouvera son statut à part entière au sein de la société. Il est nécessaire que le poète parle un langage accessible à tous pour être compris. C’est par la richesse de sa créativité constante que la poésie conservera sa liberté d’expression bravant ainsi les dictats commerciaux au profit d’une communication pleine et entière avec les individus.

Parenthèse littéraire questions à Marie France Ochsenbein

En avoir fait le tour un jour « . Le risque existe. 

Mais ne songez-vous pas qu’une forte habitude de vie ancrée dans l’écrit est quelque peu de nature à freiner la tentation de la lassitude qui peut exister en chacun de nous ?
Surtout lorsque l’on sait combien écrire pèse et exige de volonté et de ferveur. Cette ferveur qui anime chaque tentative créative. 
Vous évoquez le monde de l’humanitaire et votre travail en son sein. Il est sans doute vital d’accrocher sa vie à un engagement bien précis et à des causes solides. Nul ne peut vivre sans une forme de foi . La lutte au service d’un idéal n’est -elle pas justement ce qui peut féconder une démarche d’écriture. C’est la question de l’incarnation sur laquelle je souhaiterais orienter notre échange. Faire la célébration de l’éther sans dire la peine des hommes n’est point, à mon sens, ce qui féconde une œuvre. J’aime la poésie quand elle dit l’humanité et je la fuis quand elle s’en éloigne. 
A ce titre, comment ressentez-vous le décalage entre les impératifs commerciaux et le fait qu’il faille ne jamais cesser de dire une liberté ?
Ce divorce est-il la ligne de faille majeure en nos temps de prétendue communication ?

Sacrifice caché mais réel 

Une autre situation pédagogique

Un Fou blanc prend le maquis

Et attaque Fou noir cloué de façon absolue

Car placé devant son Roi 

Ce Fou blanc est protégé par son pion

Déstabilisation défense noire en cours 

Attaque aux conséquences prévisibles

Défense noire va se morceler 

Échange prématuré de Fous

Qui sert forcément celui qui a la main 

Cavaliers blancs prêts à bondir

Mais aussi Tour blanche colonne h 

Dont le pion protecteur du Fou

Va faire trembler camp noir 

Le sacrifice est ici implicite 

On parle d’autorisation de pénétration des lignes 

A défaut de pièce offerte 

Le coup ne laisse aucune chance 

Et va plomber durablement

L’adversaire en situation défensive 

Sans qu’il ne s’agisse de sacrifice

Stricto sensu

Spielman donne le la

Spielman donne belles pistes théoriques

Sur l’art du sacrifice 

Dans un vieil ouvrage 

Avec notation décimale inconnue 

Notions défilent et se solidifient 

Sacrifice prend corps 

Et sens un peu moins vaporeux 

Tout est dans le schéma

Tout est dans la représentation 

Il faut de l’image plein les yeux 

Pour mieux célébrer cette joyeuse complexité

Ce Fou qui ose rejoindre le centre 

Avec idée bien en tête 

de tomber pour la cause 

Afin de libérer des lignes 

Et de permettre à ses cavaliers 

De tuer ensuite la partie

L’air de rien

Sans coup férir 

Par la domination de chère colonne ouverte 

Ouvreurs  du cinéma victorieux 

Au nez et à la barbe

De celui qui s’imagine

Avec voracité 

Détenteur quasi victorieux du Fou adverse 

Mais tué par oubli de la position consenti !